Réunissant 60 professionnels de la filière, cette rencontre a permis de croiser apports scientifiques, résultats d’essais, retours d’expérience et échanges de terrain.
Une journée pour mieux comprendre les sols et leurs fonctions
La matinée a été dédiée à des conférences en salle autour de la multifonctionnalité des sols, des services qu'ils rendent et des menaces qui pèsent sur eux en fruits et légumes, mais aussi des méthodes et indicateurs permettant d'évaluer l’impact des pratiques agricoles sur leur qualité et leur santé. Le programme a notamment abordé la biodiversité des sols, leur rôle dans le stockage du carbone, la régulation de l'eau, la fourniture de nutriments et la santé globale des agroécosystèmes.
Ces échanges ont rappelé que les sols constituent un levier central pour accompagner les transitions des systèmes de production, dans un contexte de changement climatique, de recherche de résilience et d’évolution des pratiques.
Des résultats chiffrés pour objectiver les enjeux
Plusieurs données clés ont été partagées au cours de la journée. Les sols abriteraient près de 60 % de la biodiversité terrestre, soulignant leur rôle majeur dans le fonctionnement des écosystèmes. Les interventions ont également rappelé l'ampleur des enjeux de dégradation : environ 30 % des sols seraient dégradés à l'échelle mondiale et 62 % à l'échelle européenne.
Les travaux présentés sur la mesure de la santé des sols ont mis en avant sept années de travaux conduits dans le cadre de deux projets de R&D, Clé de sol et Climatveg, avec l'étude de 10 leviers, 21 indicateurs physico-chimiques et biologiques, et 270 lieux de prélèvements.
Ces résultats rappellent l'importance de disposer d'indicateurs adaptés aux contextes de production, notamment en maraîchage. Ils sont à l'étude et en cours d'appropriation en arboriculture.
Des pratiques agricoles passées au crible
La rencontre a également permis de présenter plusieurs solutions mobilisables pour améliorer ou préserver la santé des sols : couverts végétaux, plantes de services, réduction du travail du sol, gestion des matières organiques, diversification des systèmes ou encore réduction des intrants de synthèse.
Des résultats issus de projets conduits en maraîchage et en arboriculture ont illustré l'intérêt, mais aussi les conditions de réussite de ces pratiques. Les interventions ont notamment montré que les couverts végétaux peuvent contribuer à améliorer la gestion de la matière organique, la structure du sol et l'infiltration de l’eau, tout en nécessitant un pilotage précis pour éviter d'éventuels effets de concurrence sur la culture ou de faim d'azote.
Bioindicateurs, nématofaune et plantes de services
Plusieurs interventions ont mis en avant l'intérêt des bioindicateurs pour suivre l'évolution du fonctionnement biologique des sols. Les nématodes, présents dans tous les sols et sensibles aux perturbations, ont notamment été présentés comme des indicateurs pertinents pour caractériser l'activité biologique, la diversité et les équilibres entre organismes bénéfiques et phytoparasites.
D'autres résultats ont détaillé l'intérêt des plantes de services dans la régulation de certains nématodes phytoparasites. Des couverts de sorghos courts ont par exemple permis d'observer jusqu'à 90 % de réduction des nématodes à galles après usage, sans impact négatif identifié sur les nématodes bénéfiques.
Valoriser les services rendus par les sols
La dernière partie de la matinée a ouvert les échanges sur la valorisation des services écosystémiques rendus par les sols. L'Indice de régénération a été présenté comme un outil permettant de mesurer la progression des fermes dans la transition agroécologique, à partir d'un score global sur 100 points et de 11 indicateurs agronomiques. En arboriculture, 204 indices avaient été analysés en juin 2025, avec des scores allant de 31,7 à 92,8 et une moyenne de 68,2.
Ces éléments montrent l'intérêt de construire des outils communs, robustes et compréhensibles pour accompagner les producteurs, objectiver les pratiques et envisager de nouvelles formes de reconnaissance ou de valorisation des services rendus auprès d'un ensemble d'acteurs de la filière.
Des échanges prolongés sur le terrain
L'après-midi s'est poursuivie au centre CTIFL de Carquefou avec des ateliers permettant d'approfondir des thématiques complémentaires à celles abordées le matin. Ce format a favorisé les échanges entre intervenants, producteurs, techniciens et partenaires, autour de situations concrètes et de pistes d'action mobilisables sur le terrain. Les thèmes présentés ont porté sur la biostimulation, la couverture des sols, la gestion de la ressource en eau en lien avec le changement climatique et la santé des sols. Deux partenaires commerciaux, EUROFINS et Célesta Lab, ont détaillé leur domaine d'expertise en matière d'analyses de sols.
Cette rencontre a confirmé l'importance de poursuivre les travaux d'expérimentation, de transfert et de co-construction avec les professionnels sur les sols en filière fruits et légumes.