Mieux éclairer les choix énergétiques des serristes
Réduire les consommations d'énergie ne suffit pas à décarboner les serres chauffées : il faut également pouvoir identifier, pour chaque exploitation, les solutions susceptibles de remplacer les énergies fossiles. Un choix complexe, qui dépend notamment des caractéristiques de la serre, de sa localisation, des besoins thermiques, des ressources énergétiques disponibles localement et des investissements nécessaires.
RE-Greenhouse répond à cet enjeu à l'échelle de l'Europe du Nord-Ouest, région qui concentre la plus forte densité de serres chauffées du continent. Engagé fin 2023 pour quatre ans, le projet vise à mettre en commun des connaissances jusqu'ici dispersées entre pays et acteurs afin de les rendre directement utilisables par les producteurs et leurs conseillers. En France, cette démarche s'inscrit dans une filière qui a déjà réduit ses émissions de gaz à effet de serre de 57 % depuis 2006.
Au cœur du projet : un outil d'aide à la décision (OAD) en ligne. À partir d'informations sur les serres, les consommations énergétiques, les coûts actuels de l'énergie et la localisation de l'exploitation, il doit permettre de comparer différents scénarios de transition vers des énergies renouvelables ou de récupération. L'objectif est d'apporter des éléments techniques et économiques comparables pour préparer une décision d'investissement, sans se substituer à l'expertise d'un conseiller.
Six sites pilotes pour confronter l’outil aux réalités du terrain
Le développement de l'OAD s’appuie notamment sur six sites pilotes situés en Belgique, en France, au Luxembourg et aux Pays-Bas. Ils documentent différentes configurations énergétiques : biogaz, biomasse bois ou pellets, énergie solaire, réseaux de chaleur et récupération de chaleur issue d'activités industrielles. Les données de ces installations sont complétées par la bibliographie, des projets antérieurs et les retours de groupes locaux d'utilisateurs.
En France, le CTIFL suit un site pilote à Briec, dans le Finistère : 7 hectares de serres en verre dédiées à la production de tomates du groupe Savéol. Depuis 2010, ces serres valorisent de la chaleur récupérée auprès de l'incinérateur du SIDEPAQ, situé à proximité. L'eau chaude, distribuée aux serres via un échangeur et le réseau de chauffage, fournit ainsi au projet des données issues d'une installation commerciale en fonctionnement.
Aux côtés de cette contribution expérimentale, le CTIFL participe au développement de l'outil, ainsi qu'aux actions de communication et de formation. En France, il travaille notamment avec ASTREDHOR, qui suit un site pilote horticole chauffé au bois, et Végépolys Valley, impliqué dans le déploiement de l'outil et les échanges avec les utilisateurs français.
Une version bêta désormais à l’épreuve des utilisateurs
Une première version bêta gratuite de l'outil a été officiellement lancée en juin 2026 à GreenTech Amsterdam. Elle permet aux professionnels d'obtenir une première évaluation des solutions énergétiques envisageables selon leur situation. Cette étape ouvre une période de tests et de retours utilisateurs destinée à améliorer la plateforme avant sa version finale.
À terme, l'outil doit également intégrer une bibliothèque d'informations par source d'énergie ainsi que des éléments sur les coûts, les investissements et les aides financières mobilisables selon les pays. Une formation dédiée aux conseillers énergie des organisations de producteurs et des chambres est également prévue afin de faciliter son appropriation. L'ambition annoncée pour la France est de pouvoir toucher, à terme, les quelque 600 serristes chauffés, en s'appuyant notamment sur ces relais de conseil.
Un projet collectif à l’échelle de cinq pays
Coordonné par Inagro, RE-Greenhouse rassemble 11 partenaires en Belgique, en France, en Allemagne, au Luxembourg et aux Pays-Bas : Inagro, Boerenbond, FarmTech Society, CTIFL, ASTREDHOR, Végépolys Valley, IFSB – Institut de Formation Sectoriel du Bâtiment, Greenport West-Holland, The Hague University of Applied Sciences, Municipality of Westland et Trier University of Applied Sciences – IfaS – Institute for Applied Material Flow Management. Leurs compétences couvrent notamment l'énergie, la production sous serre, la modélisation, le développement d'outils d'aide à la décision, la formation et le transfert vers les professionnels.
Le projet représente un coût total de 3,80 M€ et bénéficie d'un soutien européen de 2,30 M€ dans le cadre du programme Interreg North-West Europe, cofinancé par l'Union européenne.
Perspectives
Les essais conduits doivent permettre de confronter l'outil aux besoins concrets des serristes et de leurs conseillers, puis d'en poursuivre l'amélioration. En rassemblant dans un même environnement des références issues de plusieurs pays et de situations énergétiques variées, RE-Greenhouse vise à mieux structurer les premières étapes d'un projet de décarbonation et à sécuriser des choix techniques et économiques qui engagent les exploitations sur plusieurs années.