Enjeux scientifiques et techniques du projet
La transition vers des systèmes de production agricoles non dépendants des pesticides requiert des outils de biocontrôle efficaces et une gestion intégrée territoriale des ravageurs. La technique de l'insecte stérile (TIS) est une méthode de contrôle alternative qui vise à réduire la fertilité des femelles sauvages de l'espèce ravageuse. Elle consiste à élever en masse des mâles de l'espèce ciblée, à les stériliser en les exposant à des rayons ionisants puis à les lâcher régulièrement et en grand nombre dans la zone considérée. L'insémination des femelles sauvages par les mâles stériles, porteur de sperme infertile, permet d'enrayer l'accroissement de la population. La combinaison des lâchers stériles avec d'autres outils compatibles de biocontrôle permet le maintien durable de la population sauvage du ravageur sous le seuil de nuisibilité économique [1]. La TIS est une stratégie spécifique à l'espèce ciblée et une des stratégies les plus sécurisantes pour l'environnement. En outre, la biodiversité s'en retrouve rétablie grâce à la baisse de l'usage des pesticides lors de son déploiement [2,3]. L'efficacité de la TIS nécessite de produire des mâles porteurs de sperme stérile et capables de rivaliser avec les mâles sauvages pour s'accoupler avec les femelles sauvages et leur transférer ce sperme motile. La stérilisation des mâles doit les rendre reproductivement stériles sans entraîner d'altération significative de leur survie, leur comportement et leur compétitivité sexuelle [4].
La TIS est utilisée avec succès contre la mouche méditerranéenne Ceratitis capitata, ou cératite, dans de nombreux pays sur des régions entières [2]. En Argentine et au Chili, la TIS a éradiqué la cératite. En Croatie, au Maroc et en Espagne, elle maintient la population sous le seuil de nuisibilité économique. Aux États-Unis et au Pérou, son emploi limite ses aires d'invasion via des lâchers stériles préventifs [5].