Le programme associait conférences, table ronde, résultats d'expérimentations et temps d'échanges permettant de croiser les regards de l'amont à l'aval de la filière.
Marché de la salade : des repères pour comprendre les évolutions
La matinée a débuté par un point sur la production, les échanges et la consommation. À l'échelle européenne, la production de salade représente 2,6 millions de tonnes concentrée principalement en Espagne et Italie. En France, la production de laitues atteint en moyenne 161 500 tonnes sur 2023-2025. Les volumes de laitues et chicorées ont respectivement reculé de 31% et 47% en dix ans. À l'inverse, les autres salades sont en progression de 5 %.
Ces évolutions s'accompagnent de changement des habitudes de consommation. Entre 2010 et 2025, les achats de laitues ont diminué au profit d'une offre plus diversifiée, tandis que les salades 4ème gamme représentent près de 14% des volumes
Des assortiments contrastés selon les circuits de distribution
La matinée s'est poursuivie avec une analyse des assortiments de salades en point de vente, à partir des relevés réalisés par les équipes du CTIFL. Les différences entre circuits tiennent surtout à la place accordée au vrac et au préemballé : les enseignes spécialisées proposent des assortiments plus larges et une saisonnalité marquée, notamment pour la mâche, tandis que les généralistes privilégient le préemballé et une présence régulière toute l'année.
Roquette, jeunes pousses, mesclun ou cresson bénéficient de relais de diffusion variables selon les formats de magasins, ce qui souligne l'importance d'adapter l'offre à chaque circuit. L'intervention a également abordé l'équilibre entre origine France et importations ainsi que les produits différenciants qui permettent aux enseignes de se démarquer.
Salade française : quelle feuille de route pour la filière ?
Ces interventions ont permis d'alimenter la table ronde « Salade française : défis, transitions et avenir de la filière » qui réunissait des représentants de la production, de la sélection variétale, de la distribution et de l'industrie 4ème gamme. Les participants ont partagé leur vision de la filière face à ses multiples enjeux : aléas climatiques, retraits de solutions de protection stratégiques, hausse des coûts, baisse de la consommation pour certaines typologies et déséquilibres entre l’offre et la demande.
Les échanges ont permis de croiser les points de vue pour aborder les transitions à venir : évolution des modes de consommation, diversification de l'offre et adaptation des systèmes de production. Parmi les leviers identifiés pour pérenniser la production française figurent l'assouplissement des cahiers des charges, le partage de la valeur et des risques et la structuration collective. Ce temps d'échange a illustré la nécessité d'un travail collectif de la production jusqu’au consommateur.
Préserver la fraîcheur et la qualité post-récolte jusqu'au consommateur
En fin de matinée, les travaux du CTIFL menés à différents stades de la filière pour préserver la fraîcheur de la salade entière, un produit très périssable, ont été présentés. Les essais ont mis en évidence l'intérêt de plusieurs pratiques : la protection des colis pour limiter la déshydratation et la dégradation des feuilles, l'hydrocooling pour refroidir rapidement les salades et maintenir leur masse initiale pendant au moins une semaine, et la maîtrise de la chaîne du froid pendant le transport. En point de vente, la présentation en meuble réfrigéré, ou mieux encore sous nébulisation, permet de prolonger la fraîcheur. Ces résultats rappellent que la qualité se joue à chaque maillon de la chaîne, de la récolte au rayon.
Les participants ont ensuite découvert les travaux consacrés à la physiologie post-récolte de la salade 4ème gamme, soumise à une succession de stress mécaniques lors de sa préparation. La découpe constitue l'étape clé, car elle accélère la dégradation des tissus végétaux. Les recherches menées à l'Université d'Avignon sur l'impact de l'éclairage montrent que la lumière visible est une piste prometteuse pour limiter le brunissement des zones de coupe, à condition d'en adapter l'intensité et la durée afin d'éviter la déshydratation.
Puceron de la laitue : quelles solutions pour demain ?
L'après-midi a été consacré à la gestion du puceron de la laitue, un enjeu majeur pour la production. Un premier état des lieux a retracé l'évolution des solutions de protection disponibles en France, dans un contexte de retrait progressif des substances actives, alors que Nasonovia ribisnigri reste difficile à atteindre et présente une excellente capacité à développer des résistances aux insecticides et à contourner les résistances génétiques. La comparaison avec les principaux pays producteurs européens met en évidence un éventail de solutions disponibles bien plus restreint en France en termes de nombre de substances actives et de diversité de familles chimiques et modes d'action.
Le bilan de plusieurs années d'expérimentations au CATE, présenté ensuite, a permis d'explorer de nombreux leviers alternatifs : plantes de service, bandes fleuries, cultures associées, filets et produits de biocontrôle. Les essais menés depuis 2018 montrent que ces solutions ont donné des résultats limités : aucune, seule ou combinée n’a atteint l’efficacité d’un insecticide de tel que le spirotétramate. Les travaux sur les stratégies combinant plusieurs leviers et favorisant la biodiversité fonctionnelle vont se poursuivre, même si l'objectif de zéro puceron restera difficile à atteindre.
Enfin, le projet LAITPAPUCERONS, achevé en 2025, a évalué un ensemble d'alternatives au spirotétramate. Les résultats du projet soulignent les limites des produits de contact une fois les salades développées, ainsi que celles des produits de biocontrôle utilisés seuls. Les expérimentations se poursuivront pour évaluer des stratégies combinées jugées prometteuses, associant l'application précoce de biocontrôles avant la fermeture de la salade et des lâchers de chrysopes (œufs ou larves), capables de se déplacer dans la laitue après la pommaison.
Des salades plus résilientes face aux bioagresseurs et aux changements climatiques
La dernière conférence de la journée portait sur les leviers agroécologiques permettant de renforcer la résilience des systèmes de production de salade. Dans les Pays de la Loire, région leader pour la mâche, les rotations courtes et l'occupation quasi permanente des sols favorisent les pathogènes telluriques, tandis que les solutions chimiques disparaissent. L'ARELPAL a étudié, dans le cadre de projets tels que PULSAR et SUPERNOMA, le potentiel des plantes de service et des amendements organiques renforcer la suppressivité des sols vis-à-vis de pathogènes tels que Rhizoctonia, Pythium, Fusarium et Sclerotinia. Un criblage de 52 plantes de services a permis d'identifier plusieurs plantes d'intérêt comme l'avoine dont l'effet contre le Sclerotinia a été confirmée au champ. Les résultats varient selon les modalités testées et les années mais certaines combinaisons sont prometteuses : Le radis fourrager a montré son efficacité en tant que biofumigant contre Pythium, avec des résultats variables selon les années. L'association d'un compost suppressif (de champignonnière ou Fertilmixte) et d'un bâchage a porté à 87 % la survie d'une culture d'épinard, contre 41 % pour le témoin.
Le projet CLIMATVEG, qui rassemble plus de 80 partenaires œuvrant pour l'adaptation des systèmes de culture au changement climatique, a également été présenté. Les travaux de l'ARELPAL ont permis d'étudier le rôle des leviers agroécologiques sur le fonctionnement biologique des sols dans un contexte de changement climatique. Parmi l'ensemble des résultats présentés, on peut citer les laitues conduites en système agroécologique avec 61% d'eau en moins qui ont maintenu leur rendement et qui présentaient des racines plus longues et ramifiées ; ou encore l'ombrage qui a permis de limiter les brûlures du feuillage tout en maintenant le rendement souhaité. D'une manière générale, les sols des modalité agroécologiques ont conservé leur diversité microbienne lors des stress intenses, contrairement aux sols en modalité conventionnelle.
Cette Journée Nationale Salade a permis de partager des données économiques, des résultats d’essais et des retours d'expériences sur les principaux enjeux de la filière. Un message commun s'en dégage : face à la fragilisation de la filière, les solutions et changements passeront par un travail collectif et la combinaison d'un ensemble de leviers, de la production jusqu'au consommateur.