La rencontre technique pêche-nectarine s'est tenue le jeudi 11 septembre 2025 au CTIFL, centre de Balandran. Cette journée, co-organisée par le CTIFL et SudExpe a regroupé plus de 80 personnes.
Une filière confrontée à de nombreux défisDans son discours d'introduction, Sarah Moyse, directrice du centre CTIFL de Balandran, a rappelé les enjeux et les défis auxquels la filière fait face. Les professionnels doivent garantir la rentabilité de leurs entreprises tout en répondant aux attentes des consommateurs, sur les plans sanitaire et gustatif. Ils sont aussi confrontés à une forte demande sociétale de réduction de l'usage des produits phytosanitaires de synthèse. Cette pression se traduit par un durcissement de la réglementation et des cahiers des charges toujours plus exigeants. À ces contraintes s'ajoute un contexte économique tendu, marqué par une concurrence accrue et des coûts élevés, tant pour les intrants que pour la main-d'oeuvre. Enfin, le changement climatique accentue l'incertitude.
Un réseau d'acteurs au service de la filièreLa rencontre technique illustre aussi l'importance d'une filière unie autour d'intérêts communs, capable d'apporter des réponses efficaces et coordonnées aux professionnels. Du côté de la production, l'AOP Pêches et abricots de France suit les enjeux du marché. Elle définit une stratégie commerciale et de renouvellement du verger sur le long terme. En amont, l'INRAe identifie les solutions techniques de demain et mobilise ses outils pour lever les verrous scientifiques. Les travaux sur la cloque du pêcher en sont un bon exemple : recherche de marqueurs moléculaires, meilleure connaissance de la biologie de la maladie et analyse de données complexes pour développer, à terme, un outil d'aide à la décision. Enfin, le réseau national d'évaluation des variétés qui réunit le CTIFL, Centrex, SEFRA/CA 26 pour l'évaluation en PFI et SudExpe pour celle en bas intrants, joue un rôle clé d'interface entre recherche et terrain. Il fournit aux professionnels des données fiables et objectives sur le comportement des nouvelles variétés selon les conditions pédoclimatiques.
Le matériel végétal : un levier essentiel pour la performance des vergersFace à ces défis, de nombreuses pistes sont travaillées : mode de conduite, recherche et évaluation de solutions alternatives (biodiversité fonctionnelle, nouvelles matières actives), matériel végétal plus adapté. L'identification de solutions fondées sur le matériel végétal, thème principal de la rencontre technique, s'inscrit dans le temps long. La création et l'évaluation des nouvelles variétés demande 10 à 15 ans. Le travail de sélection doit alors prendre en compte l'ensemble critères qu'attendent les professionnels : productivité, présentation, qualité gustative, tolérance aux maladies et aux ravageurs
Une campagne 2025 « fracturée »Le bilan de la campagne pêche-nectarine 2025 présenté par Raphael Martinez (AOP Pêche et Abricot) a mis en avant une campagne « fracturée », tendue, mais avec des résultats globalement positifs. De la semaine 23 à 30, la campagne a débuté sous les meilleurs auspices ! La faible concurrence espagnole, la météo clémente et une offre limitée, inférieure de 10 à 20 % au potentiel du marché ( ? production [MS1] ), ont favorisé un approvisionnement rapide en fruits français. Les milieu et fin de saison, soit des semaines 31 à 36, ont été plus difficiles avec une forte augmentation des rendements et des volumes, une météo défavorable fin juillet. Puis, une canicule a dynamisé la consommation mais insuffisamment pour rattraper les volumes de production [MS2] . Enfin, malgré les « promos », il n'y a pas eu d'accélération des ventes, ce qui a conduit à des stocks importants chez les professionnels.
D'un point de vue structurel, l'AOP fait plusieurs constats. Les prévisions de récolte s'avèrent assez éloignées de la réalité dans les différents pays européens. En France, on observe des très forts volumes en août, essentiellement en nectarine, avec plusieurs hypothèses explicatives comme l'effet rajeunissement du verger ou le facteur climatique.
À noter également, des évolutions de fond sur le marché. La concentration des opérateurs de la grande distribution accentue la concurrence entre producteurs et tire les prix vers le bas, tandis que la consommation de fruits et légumes frais recule avec l'érosion du pouvoir d'achat.
La cloque du pêcher : la recherche à l'épreuve de la complexité
Clotilde Nigon (INRAe GAFL Avignon) a ensuite présenté son sujet de thèse visant à mobiliser le levier génétique pour lutter durablement contre Taphrina deformans, champignon responsable de la cloque du pêcher (Figure 1). Cette intervention a été l'occasion de réaliser un tour d'horizon des travaux et tirer un premier bilan sur l'étude des résistances partielles.
Le développement des symptômes de cloque résulte de la conjonction entre un hôte sensible (Prunus persicae), un agent pathogène (Taphrina deformans) et un environnement favorable. L'INRAe aborde cette problématique complexe sous différents angles.
- Modéliser le risque cloque, à partir de données issues de vergers de l'INRAe et de celles provenant du réseau d'évaluation des nouvelles variétés (CTIFL, SudExpe, CENTREX, SEFRA/CA 26). Les travaux d'analyse sont en cours sur ce volet.
- Identifier la diversité des souches de T. deformans relevéesdans les vergers. Les objectifs poursuivis sont de définir si c'est le même pathogène (Taphrina deformans) qui est à l'origine de la cloque sur pêcher, amandier et abricotier ou s'il existe plusieurs souches dans le verger français.
- Phénotyper la cloque du pêcher en verger par différentes méthodes : note visuelle, quantification du champignon dans les feuilles par qPCR, acquisition de données haut débit (spectroscopie proche infra-rouge SPIR, prises d'images par la perche LITERAL ou par drone).

Dans le cadre de cette thèse, un travail, en cours de réalisation sur différentes populations consiste à caractériser la sensibilité à la cloque des variétés de pêcher. Un deuxième volet vise à déterminer les locus génétiques des résistances partielles à la cloque. À ce jour, 8 QTLs ont déjà été repérés. Ils se répartissent sur 4 des 8 chromosomes du pêcher. Enfin, l'identification de géniteurs d'intérêt pour la sélection variétale, portant ces locus, doit permettre, à plus long terme de développer une descendance potentiellement tolérante à la cloque. Toute la difficulté consiste à cumuler, sur un même individu, des résistances partielles à la cloque afin de limiter le risque de contournement.
Produire en bas intrants : des solutions mais pas de miraclesMaelle Guiraud (SudExpe) a exposé l'évaluation des variétés en bas-intrants phytosanitaires réalisée sur la station SudExpe de Saint-Gilles (Gard) en 2025. Après un rappel de la définition du dispositif, les résultats ont été dévoilés.
Maladies
L'oïdium et la rouille ont été bien maitrisés en situation de pression faible. Une incertitude demeure quant à leur gestion en situation de pression moyenne à forte. Des alternatives existent pour maîtriser la cloque lorsque la pression est modérée mais devient très complexe à maîtriser en situation de forte pression. À noter qu'une protection avec une stratégie alternative est plus contraignante à mettre en place en raison du délai de préparation des bouillies et d'application. De plus, elle est près de deux fois plus couteuse qu'une protection avec des produits conventionnels. Enfin, la ffilière se retrouve face à une impasse technique en ce qui concerne les maladies de conservation.
Les forficules sont gérables par la mise en place de glue sur les troncs. Cette méthode nécessite le maintien d'un verger propre et le renouvellement de l'application pour une maîtrise satisfaisante.
Ravageurs
Les pucerons peuvent être maîtrisés par différentes stratégies. Une combinaison de solutions alternatives (huiles minérales) et chimique (flonicamide) montre des résultats satisfaisants en situation de pression moyenne du ravageur. Cependant, les stratégies alternatives ayant faiblement recours aux produits phytosanitaires de synthèse sont mises en échec en situation de très forte pression
Bilan
Dans le cadre des itinéraires bas-intrants, un meilleur comportement des pêches par rapport aux nectarines a été observé jusqu'à mi-juillet. Certaines variétés de nectarine, conduites sans protection chimique, ont subi d'importantes pertes de production. En bas intrants, les variétés connaissent souvent une perte de calibre qui peut être atténuée si la cloque est bien maîtrisée. La perte de production est parfois majeure.
Nouvelles variétés de pêche : à la recherche de la perle rareJulien Ruesch (CTIFL) a présenté une synthèse de l'évaluation variétale menée dans le cadre du réseau national d'évaluation, en collaboration avec Nathalie Courthieu (CENTREX) et Camille Micheli (Sefra/Chambre d'agriculture de la Drôme). Cette étude porte sur 134 variétés de pêches et nectarines, blanches ou jaunes, rondes ou plates. L'analyse met en évidence les atouts et les limites de chacune afin de fournir aux professionnels une information fiable et objective.
La campagne 2025 s'est déroulée avec des périodes de débourrement et de floraison dans la norme. Les intensités de floraison ont été globalement fortes mais une nouaison compliquée et des chutes physiologiques importantes de fruits ont entrainé des temps d'éclaircissage faible [SC1] /par rapport à la "normale") et les niveaux de production parfois insuffisants [SC2] sur certaines variétés. Les températures globalement élevées ont permis au potentiel gustatif des variétés de bien s'exprimer, avec des taux de sucres globalement élevés (Indice refractométrique moyen : 12,5 % Brix en 2025 contre 10,2 % Brix en 2024) [SC3] . La fin de campagne a été marquée par la présence de tâches liégeuses parfois importantes dans certaines variétés et par le flétrissement des épidermes suite à plusieurs épisodes de p
La campagne 2025 s'est déroulée avec des périodes de débourrement et de floraison dans la
Pour conclureCette rencontre technique a permis de présenter de nombreux résultats aux participants, en proposant un programme associant des acteurs variés comme l'association d'organisations de producteurs pêches et abricots de France (AOP), la recherche fondamentale (INRAe) et appliquée (CTIFL, des stations régionales et les chambres d'agricultures). Ainsi, elle illustre le rôle clé du CTIFL comme trait d'union entre les différents acteurs : obtenteurs, éditeurs, producteurs, conseillers et techniciens, chercheurs, AOP, acteurs de l'aval de la filière...
Remerciements
Pour leurs contributions et la qualité de leurs interventions qui ont largement participé à la réussite de cette rencontre technique, merci à : Camille Micheli, en charge de l'évaluation variétale PFI à la SEFRA/ Chambre d'agriculture de la Drôme, Maëlle Guiraud en charge de l'évaluation variétale en bas-intrants à SudExpé, Raphaël Martinez, directeur de l'AOP Pêche et Abricot, Clotilde Nigon (INRAe), doctorante sur la thématique de la cloque du pêcher, Nathalie Courthieu, en charge de l'évaluation variétale PFI à la Chambre d'agriculture des Pyrénées-Orientales/Sica Centrex.
Les données clés à retenir
La filière pêche-nectarine est confrontée à de nombreux défis : rentabilité des exploitations, exigences sociétales de réduction des intrants phytosanitaires, concurrence accrue, aléas climatiques. Pour y répondre, un solide réseau d'acteurs oeuvre autour du levier essentiel qu'est le matériel végétal. Les travaux sur la cloque du pêcher, les évaluations variétales en bas-intrants et la recherche de nouvelles variétés illustrent l'importance d'anticiper sur le long terme. La campagne 2025, contrastée mais globalement positive, confirme la nécessité de solutions techniques fiables et d'une coordination étroite pour garantir la compétitivité, la durabilité et la satisfaction des consommateurs.