Changement climatique : les travaux du CTIFL pour accompagner l'adaptation des productions françaises de fruits et légumes

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Dans un été 2026 marqué par plusieurs vagues de chaleur et une sécheresse des sols généralisée, les productions fruitières et légumières font face à des contraintes qui varient selon les espèces, les territoires et les systèmes de culture. Le CTIFL conduit, avec ses partenaires, des travaux de recherche appliquée sur l'eau, les variétés, les sols, l'ombrage, les calendriers et les cultures sous abri afin de produire des références techniques utilisables par les professionnels.

Publié le 14/08/2026 - 10:05

 

Au 14 août 2026, la France traverse une nouvelle vague de chaleur, la quatrième de l’été. Météo-France indique que juillet 2026 a été le mois le plus chaud observé dans le pays depuis 1900 et l'un des plus secs. Début août, la sécheresse des sols atteignait des niveaux records à l’échelle nationale. Un épisode météorologique, même exceptionnel, ne peut pas être présenté isolément comme étant causé par le changement climatique. La tendance de fond est toutefois documentée : les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes, plus intenses et plus précoces, tandis que la hausse des températures accentue l’assèchement des sols. Pour les cultures, les effets varient selon l'espèce, la variété, le stade de développement, le sol, le mode de production et le territoire.

 

Comprendre les vulnérabilités avant de choisir les leviers

Le CTIFL caractérise les risques, compare des solutions et précise leurs conditions d'emploi. La rencontre technique organisée le 9 octobre 2025 sur son centre de Balandran, dans le Gard, a réuni des travaux sur les variétés, l'eau, les sols et les calendriers. Une étude menée en 2024 sur des systèmes maraîchers du sud de la France a parallèlement cherché à relier les paramètres climatiques aux effets observés sur les cultures, afin de construire des indicateurs de risque et de distinguer le climat des autres causes possibles de baisse de performance.

 

Adapter les variétés et le matériel végétal

Sur le fraisier, le CTIFL étudie actuellement la réaction de plusieurs variétés à des températures plus élevées en pépinière et pendant la production. Les essais suivent la floraison, la vitesse de mise à fruits, le rendement et la qualité. Ils ont mis en évidence, selon les variétés et les conditions testées, davantage de fruits non commercialisables, des baisses de rendement ou des cycles plus rapides. Ils servent à caractériser des comportements différents, non à désigner une variété adaptée à toutes les situations.

En melon, des essais présentés en juin 2026 comparent deux variétés soumises à trois régimes d'irrigation. L'une a montré une diminution de rendement plus limitée sous stress hydrique et a conservé une taille commerciale rémunératrice. Mais la différence entre les variétés n'était pas statistiquement significative, donc pas assez nette pour être distinguée de la variabilité de l'essai. L'expérimentation doit être renouvelée avant toute recommandation.

L’adaptation peut aussi passer, dans certains territoires, par l'étude de nouvelles productions. La hausse des températures ne suffit cependant pas, à elle seule, à déterminer si une espèce pourra être cultivée durablement. Il faut également examiner sa sensibilité au gel, au vent et aux fortes chaleurs, ses besoins en eau, la durée de son cycle, les risques sanitaires, les équipements nécessaires et sa viabilité économique. Les travaux engagés par le CTIFL portent donc à la fois sur le comportement des plantes, les pratiques de culture, les marchés et les impacts environnementaux. Les agrumes, l'avocat et l'ananas figurent parmi les espèces identifiées comme prioritaires pour ces évaluations.

  • Le projet MAGMA, conduit de 2024 à 2027, étudie ainsi la possibilité de produire des clémentines, des oranges, des citrons et des pomelos en Occitanie. Il évalue les espèces, les variétés et les porte-greffes ainsi que les risques climatiques, la gestion de l'eau, les perspectives de marché, les performances économiques et les impacts environnementaux.
  • Au centre CTIFL de Balandran un autre dispositif porte sur l'avocatier. Une plantation de 60 arbres a été mise en place en juillet 2025, en pleine terre sous abri froid. Son suivi vise à établir un itinéraire technique de référence, à préciser les besoins en eau et à évaluer l'adaptation des plants aux conditions climatiques du sud-est de la France. Il ne s'agit pas encore de valider une nouvelle filière, mais de produire les premières références nécessaires pour en apprécier la faisabilité.
  • Pour l'ananas, le CTIFL étudie la possibilité d'une production sous tunnel froid. Après l'acclimatation de jeunes plants multipliés en laboratoire, trois variétés (Cayenne Lisse, Queen Victoria et MD2) ont été installées au centre de Balandran. Les observations présentées au début de l'année 2026 faisaient état d'un taux de reprise élevé et d'une croissance régulière. Les étapes suivantes portent sur les traitements destinés à déclencher la floraison et sur l'observation des premiers fruits. Ces résultats devront ensuite être complétés par l'évaluation de la durée réelle du cycle, de la qualité des fruits, des besoins en eau, de la maîtrise du climat sous abri et des performances économiques et environnementales.

Ces expérimentations illustrent une autre dimension de l'adaptation : explorer des possibilités de diversification sans présumer de leur réussite. La faisabilité d'une nouvelle culture doit être évaluée à l'échelle d'un territoire et sur plusieurs critères. Elle ne peut pas être déduite d'un seul paramètre climatique ni généralisée à l'ensemble de la France.

 

Mieux piloter l'eau et réduire l’exposition à la chaleur

L'efficience de l'irrigation ne dépend pas seulement du volume d'eau apporté. Par exemple, les essais menés sur melon évaluent des sondes mesurant l'humidité du sol pour déclencher les apports au moment pertinent. Le CTIFL souligne que ces outils doivent être correctement installés et que leurs seuils doivent être vérifiés selon le sol et la culture.

Les protections physiques font également l'objet d'essais. À l'antenne CTIFL de Brindas, dans le Rhône, le projet RÉS’EAU teste des filets d'ombrage sur laitue. Dans les conditions présentées en juillet 2026, un filet occultant 45 % du rayonnement a réduit les pics de température de 3,3 °C en moyenne ; les laitues pesaient environ 100 grammes de plus que le témoin non ombré. Ces premières observations doivent être confirmées avant toute généralisation. D'autres dispositifs étudient la récupération de l'eau de pluie sur les tunnels, les paillages et différents modes d'irrigation.

En arboriculture, les essais présentés aux professionnels portent notamment sur l'eau, les variétés et porte-greffes, les protections physiques et l'agroforesterie. Les premiers suivis du projet ClimAgreaufeL décrivent les effets des aménagements sur le microclimat et l'eau ; les indicateurs de production restent à consolider.

 

Faire évoluer les sols et les calendriers

Le projet CLIMATVEG, achevé en 2025, a comparé des systèmes de culture de laitue et de brocoli. Le système agroécologique testé associait notamment couverts végétaux, apports de matière organique et réduction du travail du sol. Dans les essais, il a favorisé des racines plus développées, le maintien du rendement sous manque d'eau et une meilleure conservation de la diversité des micro-organismes du sol. Son transfert dépend néanmoins de l'équipement disponible, de l'organisation du travail et de l'évaluation économique des pratiques.


Dans le projet ADICT, des choux cabus plantés cinq semaines plus tard, par rapport au calendrier classique de culture, ont accompli un cycle plus long, sans perte de rendement observée et avec moins de dégâts de thrips et de punaises, deux insects ravageurs. Ce résultat repose toutefois sur une seule année d'essai. Il doit donc être confirmé et mis en regard des contraintes de marché, de stockage et d'organisation de l'exploitation.

 

Sous abri, adapter le climat de culture et mesurer l’empreinte

Au Centre CTIFL de Carquefou, en Loire-Atlantique, les essais 2026 sur la tomate et le concombre sous serre évaluent des écrans mobiles, la déshumidification, le pilotage du climat et des variétés adaptées. Ces travaux d'adaptation se distinguent de l'atténuation, qui vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

En parallèle, le projet GreenGO PERTOMCO a étudié, par analyse du cycle de vie , les consommations d'énergie et les émissions des productions sous abri afin d'identifier des combinaisons moins émettrices.

 

Combiner les solutions et les ajuster localement

Les travaux du CTIFL ne font pas apparaître une solution unique applicable à toutes les exploitations. L'adaptation repose sur des combinaisons : matériel végétal, gestion de l'eau, protection contre la chaleur, fonctionnement biologique du sol, calendrier, conduite des cultures et organisation économique. Un levier prometteur doit souvent être évalué sur plusieurs années, sols et bassins de production avant d'être largement recommandé.

 

Le CTIFL poursuit ces expérimentations avec ses partenaires et en diffuse les résultats par ses publications, ses pages de projets et ses journées techniques.